Stéphane Blanc, directeur commercial – secteur Transport chez Advantech Europe, explique comment la collaboration au sein d’un écosystème de partenaires permet d’optimiser les solutions embarquées à bord des trains.
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Le Rail : La collaboration technologique au sein d’un écosystème de partenaires devient-elle une tendance croissante dans le secteur ferroviaire, notamment pour les solutions embarquées ?
Stéphane Blanc : Absolument. Aborder un projet de système embarqué avec uniquement du matériel ou uniquement du logiciel ne suffit plus. Il devient alors difficile de démontrer au client que l’on propose une solution complète et opérationnelle.
Prenons l’exemple du comptage de passagers à l’embarquement : en tant que fabricant de matériel seul, nous ne pouvons pas répondre à ce besoin. En revanche, au sein d’un écosystème intégrant des spécialistes des algorithmes d’IA, c’est parfaitement possible.
Nous avons toujours privilégié cette approche et construit, au fil des années, des écosystèmes solides autour de notre matériel afin de répondre à des applications embarquées très spécifiques. C’est aussi ce qui explique nos relations étroites avec les grands fournisseurs de processeurs comme NVIDIA, Intel, AMD, Qualcomm ou NXP, ainsi qu’avec de nombreux éditeurs de logiciels indépendants (ISV) de premier plan.
Chaque solution ferroviaire basée sur l’IA repose sur cette combinaison : le fournisseur de puces, Advantech pour la plateforme matérielle complète, et le logiciel développé par l’ISV. Cette stratégie éprouvée permet d’obtenir des solutions parfaitement intégrées, au service d’une exploitation ferroviaire plus précise, d’une meilleure expérience passager et d’une maintenance proactive.
Stéphane Blanc
Le Rail : Au-delà de la R&D et de la production intégrées, quels bénéfices supplémentaires cette approche collaborative apporte-t-elle aux clients ?
Stéphane Blanc : Nous garantissons une conformité totale aux normes du secteur. Par exemple, tout système embarqué destiné au matériel roulant doit être certifié EN 50155, la norme européenne de référence pour les équipements électroniques ferroviaires. Il en va de même pour les exigences en matière de cybersécurité.
Les OEM ferroviaires ont également l’assurance que la plateforme sera suffisamment puissante pour exécuter l’application visée. Advantech dispose d’une solide expérience dans ce domaine. Depuis notre création en 1983, nous avons connu une croissance rapide pour devenir un groupe mondial, avec des sites de production, des centres logistiques et de service, ainsi que des bureaux dans le monde entier. Nous sommes aujourd’hui le premier fabricant mondial de PC industriels, avec plus de 8 800 collaborateurs et un chiffre d’affaires de 1,87 milliard de dollars en 2024.
Le Rail : Pouvez-vous citer quelques exemples concrets de projets collaboratifs pour des solutions embarquées ?
Stéphane Blanc : Nous travaillons par exemple avec PANTOhealth, un spécialiste des solutions de maintenance des lignes aériennes de trains et de tramways. Grâce à une caméra spécifique, des capteurs de vibrations et à l’IA, le système embarqué peut détecter les défauts des lignes aériennes en circulation. Cela améliore considérablement l’efficacité des opérations de maintenance et de réparation. PANTOhealth s’appuie sur une plateforme matérielle Advantech intégrant la technologie NVIDIA pour l’IA.
Autre exemple : Passengera, un acteur de référence dans le développement de logiciels d’infodivertissement et de connectivité pour les trains. L’entreprise utilise également une plateforme Advantech, personnalisée selon ses besoins spécifiques, afin de prendre en charge des technologies telles que la connectivité 4G/5G, le Wi-Fi embarqué et le GPS.
Le Rail : En quoi Advantech se distingue-t-il en matière de personnalisation ?
Stéphane Blanc : Nous proposons un service de personnalisation appelé Configure To Order Service (CTOS). Nos ingénieurs d’application terrain travaillent en étroite collaboration avec le client afin de définir précisément le périmètre de personnalisation avant l’expédition. À partir de cette spécification conjointe, une référence CTOS dédiée est créée, ce qui simplifie ensuite le processus de commande.
Le Rail : Comment choisissez-vous les processeurs pour les solutions embarquées ferroviaires ?
Stéphane Blanc : Tout dépend de l’application. Lorsqu’une forte puissance de calcul est nécessaire, une plateforme Intel® Core™ i est souvent la plus adaptée. Pour des besoins accrus en GPU ou en capacités d’IA, nous privilégions NVIDIA. Dans certains cas, nous combinons les deux.
C’est le cas de notre système ITA-580G, une plateforme d’IA pour le matériel roulant intégrant un processeur Intel® Core™ i et un slot MXM permettant d’ajouter un GPU NVIDIA dédié à l’IA. Cela nous permet, par exemple, de traiter des flux vidéo issus de caméras et de développer des algorithmes pour différentes applications embarquées.
Le Rail : Qu’en est-il des autres composants clés, comme les passerelles et les routeurs ?
Stéphane Blanc : Nous proposons une large gamme de passerelles adaptées à différents scénarios. Par exemple, nous collaborons avec un partenaire spécialisé dans la cybersécurité embarquée, où deux réseaux distincts doivent être protégés l’un de l’autre : le TCMS (Train Control and Monitoring System) et les systèmes d’information et de divertissement passagers. Nous disposons de passerelles capables de gérer ce type d’architecture sécurisée.
Pour assurer la liaison entre un réseau local et l’extérieur, deux options principales existent : des solutions basées sur le GSM-R, pour des communications voix et données sécurisées, et des routeurs 5G permettant de fournir une connectivité Wi-Fi ou Internet à bord.
À plus long terme, le GSM-R sera remplacé par le FRMCS (Future Railway Mobile Communication System). Cette future norme, basée sur la 5G, n’est pas encore finalisée, mais nous travaillons déjà avec nos clients sur le développement de passerelles compatibles FRMCS pour les applications embarquées.
Le Rail : Qu’est-ce qui différencie vos commutateurs Ethernet pour applications ferroviaires ?
Stéphane Blanc : Advantech propose deux types de commutateurs Ethernet managés pour les trains : des commutateurs backbone pour l’ensemble du réseau du train et des commutateurs dédiés aux sous-réseaux de rames. Notre force réside dans l’étendue de la gamme, allant de modèles compacts de 8 à 10 ports jusqu’à des versions plus importantes pouvant atteindre 28 ports.
Nous avons également lancé récemment les commutateurs EKI-9508 et EKI-9510, qui se distinguent par leur format extrêmement compact — un atout majeur dans la conception des trains modernes. À cela s’ajoutent notre connecteur M12 push-pull, plus rapide et plus simple à installer que les vis traditionnelles, ainsi que la disponibilité de commutateurs 10 Gb pour les applications à très haut débit.
Le Rail : Quel niveau de robustesse est requis pour les équipements embarqués ?
Stéphane Blanc : À titre d’exemple, la norme EN 50155 OT5 s’applique aux équipements devant fonctionner dans des conditions thermiques très sévères. La classe OT5 correspond à une plage de température de fonctionnement allant de –25 °C à +85 °C.
Les composants doivent également être certifiés EN 45545, la norme européenne relative à la protection incendie des véhicules ferroviaires. Les matériaux utilisés doivent donc être ignifuges, à faible émission de fumées et à faible toxicité.
Le Rail : L’IA embarquée suscite-t-elle une demande croissante dans le ferroviaire ?
Stéphane Blanc : Oui, clairement, en particulier pour les applications liées à la sécurité. Cela inclut par exemple le comptage précis des passagers afin d’éviter la surcharge des trains, parfois à l’aide de caméras infrarouges, ou encore la détection et l’alerte en cas de comportement criminel à bord.
D’autres applications d’IA concernent l’environnement extérieur du train, comme la détection d’objets sur les voies, avec transmission d’informations au conducteur. L’analyse des freins, des roues et des rails pour la maintenance prédictive constitue également un domaine clé, grâce à l’utilisation combinée de caméras et de capteurs de vibrations.
Nous proposons déjà des solutions matérielles Edge AI intégrant NVIDIA Jetson pour les applications de vision industrielle dans le secteur ferroviaire.
Le Rail : Quelle place occupe la cybersécurité dans les systèmes embarqués ?
Stéphane Blanc : Elle est devenue essentielle. La demande est en forte croissance, notamment autour de la norme IEC 62443, qui encadre la cybersécurité des systèmes industriels. La partie 4-1 concerne les processus de développement et de fabrication sécurisés : Advantech est pleinement certifié à ce niveau.
La norme IEC 62443-4-2 définit quant à elle les exigences techniques pour les composants. Nous sommes actuellement en cours de certification, produit par produit. Certains équipements sont déjà certifiés, et l’ensemble de notre gamme le sera avant 2027, date d’entrée en vigueur du Cyber Resilience Act (CRA) de l’Union européenne.
Le Rail : Enfin, comment voyez-vous l’avenir des solutions embarquées Advantech ?
Stéphane Blanc : L’IA jouera un rôle encore plus central, notamment pour la sécurité et la maintenance prédictive. D’autres évolutions majeures incluent le FRMCS, la généralisation de la 5G à bord, les attelages numériques automatiques et, à plus long terme, le développement de trains autonomes.
Sur le plan des normes, nous observons également un intérêt croissant pour ITxPT, une initiative visant à améliorer l’interopérabilité entre les fournisseurs de matériel et de logiciels grâce à des architectures ouvertes et à une meilleure accessibilité des données. Très répandue dans le secteur des bus, cette approche gagne désormais du terrain dans les applications ferroviaires.
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